les photaumnales 2018

2018 bandeau photaumnales
où loge la mémoire

Stéphanie LACOMBE - Cédric MARTIGNY - Robert CHARLOTTE - Dan LEUNG - Bertrand STOFLETH - Nigel GREENJean-Baptiste BARRET - Guillaume HERBAUT - Stéphanie LACOMBE


Stéphanie LACOMBE
L'écho d'un chuchotement (création)

Les Ateliers, Cité scolaire Manessier à Flixecourt
26 septembre - 21 décembre 2018

33 rue de la Résistance 80420 Flixecourt
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 22 51 60 85

LACOMBE FLIXECOURT 04 BD
Un cube de carton-pâte surplombe la cour. Terne, délavé, il est laid. À l’image de l’ensemble du collège-lycée Mannessier, structure architecturale Pailleron construite à la va-vite dans les années 70. Ce préfabriqué dit « internat » accueille 60 adolescentes. D’une main on pourrait froisser ce bâtiment et le mettre à la poubelle, pourtant la structure en fer est bonne, elle sera déshabillée pour rhabiller Paul dans quelque temps. 


En attendant, les filles ne disent rien de la douche qui arrache le dos comme le crépi, elles ne voient plus les lignes de néons au-dessus de leur lit qui éclairent mal leur précieuse vie d’adolescente, ni les couvre-lits criards et les toiles cirées aux fenêtres. Ces fenêtres, placées très haut qui s’ouvrent de 20 cm pour éviter toute tentative d’envol. Elles ne parlent donc pas des paysages qu’elles ne voient pas. Les toilettes sont intimes comme celles des aires d’autoroute et dans les chambres, des coussins plastifiés pour l'hygiène et des cloisons en papier donnent le sentiment d’y dormir à 30. 
L’internat, ce sont des claquements de portes et une sirène de pompier qui sonne tous les matins à 7h, qui réveillerait un mort. 
La vie privée n'est pas visible, pas de photo, pas de dessin. La décoration au mur, c’est un carré de liège pour chacune au-dessus de la tête de lit.

Des éclats lumineux de téléphones scintillent dans la pénombre des couloirs.

Battle de danse sur le linoleum, « la musique ce soir pour éclater l’internat ». À la queue leu leu, hip hop, Indochine. C’est bon enfant. La fête parce qu’on a été sages, c’est notre récompense. Demain on part à Bruxelles. Socquettes, doudou en peluche, peignoir éponge, shorty, pyjama à pois, comme à la maison.
Une complicité règne entre les surveillantes, l'infirmière de garde et les élèves. La soirée passe, de nouvelles filles viennent s'assoir sur les sièges de bureau… roses. 
Elles regardent. 
T-shirt Mickey. 
Pour celles qui restent dans les chambres, séance nails-art, maquillage, Facebook et roulage minutieux de cigarettes.

Elles ne voient pas l’Algeco dans lequel elles sont enfermées, c’est leur principale maison. Chez soi, dans l’intimité d’une soirée, on se prend dans les bras, on se regarde, on s’écoute, on se réconforte, on se tresse les cheveux les yeux plongés dans les téléphones. Tendresse et attentions délicates. Silence puis éclat de rire. Chuchotements et paroles entremêlés de sanglots. Il y a toujours un visage ou une main qui surgit derrière l’une d’entre elles, comme si les corps étaient doubles. « Grow up » c’est le message écrit à la craie sur le dos d’une veste en jean. Il a dû s’effacer depuis. 

La pause cigarettes est attendue dans l'euphorie. 

L’internat, ce sont des rires qui remplissent les couloirs et résonnent jusqu’aux confins de la vallée, et buttent sur les murs des usines Saint-Frère.
Je vois ces jeunes adolescentes comme de petits oiseaux fragiles, des colibris, les plus petits oiseaux du monde. Mais les colibris ont un vol stationnaire. 
Parce qu'ici à Flixecourt, il n’y a pas de filière générale : Bac Pro Commerce, Agent polyvalent de restauration et Soins et Services à la personne.

Le disque est rayé, il tourne en boucle, vestige de l’héritage paternaliste des usines Saint-Frères qui ont fermé il y a 30 ans.

Il est difficile pour ces petits oiseaux de s'évader plus haut que la colline quand le vent souffle au ralenti.
Stéphanie Lacombe

Stéphanie Lacombe a été accueillie en résidence en 2018 à la Cité scolaire de Flixecourt

Née en 1976 à Figeac, Stéphanie Lacombe vit et travaille à Montreuil-sous-Bois. Formée à l’École supérieure des arts décoratifs de Paris, elle reçoit le prix Niepce en 2009.
Sa photographie est tournée vers l’humain. Ainsi, elle témoigne depuis 15 ans du mode de vie des Français.
Elle est invitée en résidence à la Villa Médicis à Rome

www.stephanielacombe.com
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Cédric MARTIGNY
Travail au corps (création)

Les Ateliers, Cité scolaire Manessier à Flixecourt
26 septembre - 21 décembre 2018

33 rue de la Résistance 80420 Flixecourt
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 22 51 60 85

MARTIGNY FLIXECOURT

Je développe depuis plusieurs années un projet photographique sur le monde du travail contemporain. J’ai ainsi mis en valeur, au travers de plusieurs séries issues de milieux professionnels différents, la dimension chorégraphique et symbolique présente dans  les nombreux micro gestes qui nous permettent d’accomplir une tâche. Ces travaux forment une série unique, « travail au corps ». Ce projet vise à rassembler et faire dialoguer des photographies issues de contextes professionnels différents, avec pour fil directeur l’expression gestuelle et la centralité du corps dans le travail.

La résidence au Lycée Alfred Manessier de Flixecourt a été l’occasion de développer ma démarche en portant mon regard sur les différents métiers présents au sein de l’établissement, et plus particulièrement celui de professeur. Les prises de vue que j’ai réalisées sont des mises en scène non dirigées au sein desquelles les personnes effectuaient une situation réelle de travail. Ma présence était en revanche extrêmement visible : les flashs disposés dans toute la pièce éclairaient les scènes à  la manière d’un studio, le très grand nombre de déclenchements scandait les paroles et les actions. Même s’il ne s’agissait pas de mises en scène proprement dites, ce dispositif photographique a eu pour effet de placer les personnes en situation d’acteurs dans une représentation : chacun de leurs gestes déclenchait les flashs, elles se savaient observées tout en me regardant travailler. Mon travail d’éclairage en clair/obscur isolait le sujet et son geste de l’environnement.

Cette façon de travailler m’a permis de mettre en lumière la dimension théâtrale du travail de transmission au sein d’une classe. Des élèves/spectateurs, un professeur/acteur, un cours organisé comme un scénario présentent des analogies avec une pièce théâtrale se déroulant en une seule heure et un seul lieu. J’ai été également frappé par la diversité des « représentations ». Chaque cours est unique, chaque professeur un interprète original.

Cédric Martigny a été accueilli en résidence en 2018 à la Cité scolaire de Flixecourt.

Cédric Martigny est né en 1974. Il vit et travaille à Rennes.
Il est diplômé de l’école de photographie de Toulouse.

www.cedricmartigny.com  DIAPHANE NOIR SUR TRANSPARENT RVB




Robert CHARLOTTE
Garifunas et descendants

Galerie du lycée Jean Rostand à Chantilly
8 novembre - 7 décembre 2018

Place Georges Pâquier, 60634 Chantilly
aux heures d’ouverture de l’établissement

03 44 62 47 00

Charlotte
Les Garifunas sont issus du métissage entre esclaves africains évadés (les nègres marrons) et autochtones (Caraïbes et Arawaks). Leur métissage traduit une filiation entre traditions africaines et culture caribéenne. Pour en écrire le portrait, Robert Charlotte les a rencontré à Saint-Vincent aux côtés de l’anthropologue Vanessa Demirciyan. Il poursuit ce projet en Amérique du Sud.
Robert Charlotte, portraitiste, joue avec la lumière artificielle et la pose non sans rappeler l'esthétique de Luc Choquer dans les années 80. Maîtrisant parfaitement l'éclairage et son impact sur la couleur, il n'en est pas moins attentif au travail de la mise en scène posée.


Robert Charlotte est né en 1966 à la Martinique où il a grandi et réside. Après une école de photographie, il a réalisé des prises de vues industrielles et publicitaires à Paris pendant 10 ans, tout en ne négligeant pas le reportage et l'illustration. En 1994, il est de retour à la Martinique. 


http://rcharlottecrs.wixsite.com



Dan LEUNG
Blitz

Lycée professionnel Roberval à Breuil-le-Vert
2 octobre - 30 novembre 2018

10 rue de Grez 60600 Breuil-le-Vert
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 44 50 84 00

DANLEUNG BD 01
La structure du mot chinois « Blitz » (閃) présente le caractère « personne » (人) se tenant à l’intérieur du caractère « porte » (門). Cela illustre pour moi la relation et les sentiments que j’entretiens avec la ville.

Le mot chinois « Blitz » a aussi un sens photographique. Il désigne le flash qui surgit de l’appareil lorsqu’on appuie sur le bouton et qui semble donner une valeur unique à la zone éclairée. Dans cette série, la cible que je souhaite mettre sous le flash est ce petit personnage qui se tient au milieu de la porte (閃) ».

Dan Leung a obtenu sa licence d’Art avec distinction honorifique à l’Institut d’Art de Hong Kong et à l’Institut Royal de Technologie de Melbourne, avec une spécialisation en photographie. Il vit et travaille à Philadelphie.



Bertrand Stofleth
Aeropolis

Galerie de l’Institution du Saint-Esprit à Beauvais
27 septembre - 19 octobre 2018

68 rue de Pontoise 60026 Beauvais
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 44 12 19 40

STOFLETH 05 BD
Avec « Aeropolis », il est question d’interroger la conquête de l’air. Plus exactement, la part de rêve qu’elle suscite chez l’homme.
C’est la volonté de mettre en scène son caractère mythique dans son expression la plus contemporaine au travers des évolutions actuelles de l’aviation et de ses pratiques.
Photographe documentaire, Bertrand Stofleth évoque les répercussions et les empreintes de ces bouleversements sur les territoires - tant topographiques qu’imaginaires. Il réinvente une iconographie, entre mythe (les pionniers, l’aventure de l’Aéropostale, les combats aériens...) et réalité. Il nous fait ainsi effectuer une traversée de ces pratiques contemporaines faites de survivances et de révolutions exercées par la « low-costisation » des transports aériens.
« Aeropolis », une cité de l’aviation, dresse enfin un inventaire de lieux habités, pris dans cet écart entre historicité, mutations contemporaines et fascination toujours présente.
À partir du territoire de Beauvais dont l’aérodrome est devenu au fil des ans « l’aéroport parisien » de Ryanair, il s’agit de remonter les traces lisibles des nombreuses histoires antérieures, afin de découvrir quels imaginaires subsistent encore dans l’aviation aujourd’hui.

Né en 1978, Bertrand Stofleth vit et travaille à Lyon. Il est diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles en 2002.

www.bertrandstofleth.com
Bertrand Stofleth a été accueilli en résidence par Diaphane à Beauvais en 2014-2015.
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Nigel GREEN
Reconstruction

Galerie du collège Pasteur à Noyon
26 septembre - 19 octobre 2018

143 rue Jean Moulin 60400 Noyon
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 44 09 41 90

GREEN BD 04
Nigel Green s’attache au patrimoine bâti de la région. Ainsi il a réussi à dénicher des architectures en tout genre, de la modeste clôture ou bicoque aux silos, églises ou rotondes pour locomotives, saisis dans leur jus et valorisés sous les vastes ciels picards.

Seulement voilà, en général les constructions qui l’intéressent ne sont pas celles que la plupart des gens ont l’habitude d’associer au patrimoine. En effet, ce sont des architectures « ordinaires » de la première moitié du 20ème siècle et plus précisément de l’entre-deux-guerres et l’après Deuxième Guerre mondiale auxquelles Nigel Green s’est intéressé et qu’il nous incite à considérer à la fois pour leurs propres mérites et leur contribution significative aux paysages urbains et ruraux de la Picardie.
(...) Nigel Green manifeste une profonde sensibilité pour ce patrimoine picard ordinaire du quotidien ancré dans ses paysages. Au fond il décèle les continuités subtiles bien réelles plutôt que les ruptures qui opposeraient les deux Reconstructions d’une manière réductive et simpliste.
Martin Kew Meade

Cette exposition fait suite à une résidence de création mise en place par Diaphane.

Nigel Green est né en 1965 à Ashford (Angleterre). Il vit et travaille à Pett Level dans l’East Sussex.

Reconstruction, DIAPHANE éditions, 2010

www.nigelgreen.info    DIAPHANE NOIR SUR TRANSPARENT RVB



 
Jean-Baptiste BARRET
Mythologiques (aux bidons)

Galerie du collège Les Fontainettes à Saint-Aubin-en-Bray
1er octobre - 14 décembre 2018

35 rue de Gisors 60650 Saint-Aubin en Bray
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 44 04 55 50

Barret Archipel
Les masques que nous avons mis en scène n’en sont pas, ils ne sont que des récipients manufacturés, des bidons. Le détournement du bidon plastique en masque a été médiatisé par plusieurs artistes (Romuald Hazoumè, Serge Attukwei…) ; les faire porter par des modèles est une tentative d’incarnation dans une délocalisation temporelle, une recherche de sens par delà l’absurdité de leur origine moderne. Leurs formes austères les rapprochent des masques sacrés ou rituels. Leur allure massive semble leur conférer profondeur et souveraineté.
Participent-ils à une sur-réalité sous-tendant l’univers ?
Archétypes paradoxaux, issus d’une grossière plasturgie, ils évoquent une puissance invisible au quotidien.


Né en 1960, Jean-Baptiste Barret réside à Fort-de-France. Archéologue de formation, il a fait de la photographie son métier depuis 1991. Il a été lauréat en 2002 du prix Arcimboldo, décerné par Gens d’Image, la Fondation HP et la Maison Européenne de la Photographie à Paris.

www.jbbarret-photographe.net


 
Guillaume HERBAUT
Tergnier, la cité modèle

Galerie du lycée Joliot-Curie à Hirson

14 janvier - 8 février 2019

Place du Pigeon Blanc 02500 Hirson
aux heures d’ouverture de l’établissement
03 23 99 30 30

HERBAUT 05 BD
Tergnier, la ville des cheminots. Raoul Dautry, ingénieur de la Compagnie du chemin de fer du Nord, avait construit après la Première Guerre mondiale une cité ouvrière pour les employés de la société. Une cité qui se voulait emblématique, un modèle d’architecture mais aussi de vie. Les logements étaient attribués selon la taille des familles et non selon le poste hiérarchique. Chaque pavillon possédait un jardin. « Tout ce qui aurait pu rappeler l’ancien coron a été banni ». Toutes les infrastructures étaient pensées pour créer un esprit de corps tourné vers l’entreprise. Les plans de la cité-jardin avaient été tracés en s’inspirant de la forme des roues de locomotive.
Tergnier était un symbole de la société cheminote idéale. La vie était rythmée par le bruit des trains arrivant au dépôt ou au centre de triage, par les sonneries appelant les cheminots au travail.
Après 1945, la cité-jardin, aux deux-tiers détruite par les bombardements américains, est reconstruite différemment. L’esprit de l’époque a changé. L’habitat pavillonnaire est abandonné, faisant place à de petits logements collectifs influencés par l’architecture de Le Corbusier.
Tergnier compte aujourd’hui 15 000 habitants. La ville est touchée de plein fouet par la crise économique. Les ateliers de la SNCF qui faisaient travailler 4 000 cheminots ne comptent plus que 600 employés, et les entreprises alentour ont peu à peu fermé. La cité-jardin n’est plus habitée uniquement par des agents SNCF. Pourtant l’esprit cheminot, celui de la solidarité et de l’entraide, résiste à la grisaille générale.

Photojournaliste, Guillaume Herbaut est né en 1970 à Paris. Son travail documentaire, plusieurs fois récompensé interroge les lieux chargés d’Histoire dont il interroge les symboles et la mémoire.

www.guillaume-herbaut.com  DIAPHANE NOIR SUR TRANSPARENT RVB

 


Stéphanie LACOMBE
La table de l'ordinaire

Ecole élémentaire Paul Bert à Beauvais

17 septembre - 19 octobre 2018


5 rue de Bretagne 60000 Beauvais
aux heures d'ouverture de l'établissement
03 44 02 17 45

LACOMBE tableordinaire
Lost
Strasbourg. Janvier 2008
Samia est serveuse à Lille et travaille la nuit, Laurent est rédacteur. Ils passent leurs journées ensemble. Nous sommes en pleine semaine, ils brunchent à 14H en regardant la série « Lost ». Samia, qui a la télécommande en main, a dû faire une dizaine d’arrêts sur images pronostiquant ce qu'il allait se passer les minutes suivantes. Quant à Laurent, c’est l’occasion de vérifier qu’il comprend bien le déroulement de l’histoire car la série, téléchargée sur internet, est en V.O non sous-titrée.

« Qui sont mes voisins, que font-ils, quelles sont leurs vies, sont-ils heureux, d’où viennent-ils ? ». Cette curiosité guide ma démarche photographique. Je ne pars pas à l’étranger réaliser mes documentaires : je regarde là, juste là, autour de moi. Je m’invite chez les habitants et j’observe la vie souvent simple, noyée dans ses habitudes et son quotidien. Quoi de plus banal qu’un repas pris chez soi le soir, à la même heure, même table, même assiette ? Le repas est un acte rempli de symboles, de rituels et de coutumes. La table est le punctum de l’image. L’objet devient scène. C’est le lieu de la maison où se joue le théâtre de l’ordinaire.
Stéphanie Lacombe

 
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